Histoire de Rodi & Wienenberger
Aux origines de l’excellence industrielle de la bijouterie en or laminé
Le 15 Octobre 1885, à Pforzheim, ville allemande du Bade-Wurtemberg réputée pour sa tradition horlogère et joaillière, deux hommes unissent leurs talents pour fonder une manufacture destinée à marquer durablement l’histoire du bijou européen : Eugen Rodi et Wilhelm Wienenberger. Ensemble, ils ont contribué à faire de l’or laminé un matériau de référence, et leurs bijoux, demeurent aujourd’hui des témoins remarquables d’une époque où l’ingénierie du bijou était au service de la durabilité, du confort et de l’élégance. Leur signature, le poinçon R⚓W, associe les initiales des fondateurs à une ancre, symbole de solidité et de fiabilité. Le poinçon R ⚓ W, apposé sur leurs créations, devient un véritable label de confiance, garantissant solidité et durabilité.
Rodi, fondateur visionnaire
Eugen Rodi appartient à cette génération d’industriels de la fin du XIXᵉ siècle qui comprennent que la bijouterie, pour se développer, doit dépasser le cadre de l’atelier artisanal. Formé aux réalités économiques et commerciales de son temps. Co-fondateur de Rodi & Wienenberger, il joue un rôle déterminant dans les premières années, il structure l’entreprise, organise son développement industriel et lui donne l’assise financière nécessaire à son expansion.
Sa réussite se reflète dans la villa qu’il fait édifier en 1906 à Pforzheim par l'architecte Heinrich Deichsel, symbole d’un nouveau modèle d’industriel moderne, de l’inscription de l’entreprise dans le paysage urbain et social de la ville. Cette villa n'est pas qu'une simple résidence, c'est l'une des plus belles demeures de la ville, avec cette tour d'angle aux allures de château. Elle sert de lieu de réception pour la bourgeoisie allemande qui compose sa clientèle, lors de nombreux galas de promotion des collections de la marque, elle accueille certaines réunion du conseil général de l'entreprise et c'est au sein de cette demeure que sont nés une partie des design de leurs bijoux. À la fin du siècle, cette demeure incarne la renommée de Rodi & Wienenberger, le statut du patron industriel et le succès d’un modèle économique novateur.
En 1899, la transformation de l’entreprise marque l’aboutissement de cette phase fondatrice. Eugen Rodi se retire dès 1900 de la direction active, cependant son fils Eugen Rodi Junior reste au sein de l'entreprise. Son retrait, discret mais définitif, laisse place à une nouvelle étape : celle de la consolidation et de l’expansion technique. Son héritage demeure essentiel : sans sa vision et son impulsion initiale, entretenues par ses décendants, l’entreprise n’aurait jamais atteint l’ampleur qui fut la sienne.
Wienenberger, artisan-ingénieur et bâtisseur industriel
Wilhelm Wienenberger, quant à lui, est un homme de métier. Artisan formé aux techniques métallurgiques et joaillières, il possède une connaissance approfondie des alliages et se passionne pour les procédés de placage. Dès la fondation de l’entreprise, il en devient le cœur technique. Il perfectionne ainsi une spécialité encore peu exploitée en Europe : le doublé d’or, aussi appelé plaqué or laminé.
Inspirée notamment de techniques venues des États-Unis, permettant d’obtenir : une grande résistance à l’usure, une épaisseur d’or durable, une qualité visuelle proche de l’or massif. Cette technique consiste à lier mécaniquement une couche épaisse d’or à une base métallique, garantissant à la fois éclat, résistance et durabilité. Grâce à des procédés multicouches soigneusement maîtrisés, Rodi & Wienenberger atteignent un niveau de qualité qui fera leur réputation bien au-delà des frontières allemandes.
Après le retrait d’Eugen Rodi, Wienenberger prend pleinement la direction de l’entreprise. Il impose alors des normes de qualité strictes, telles que la standardisation des composants (montures, vis, clous) et le développement de mécanismes fiables, notamment pour les boucles d’oreilles à vis. Sous son impulsion, Rodi & Wienenberger devient l’un des acteurs majeurs de la bijouterie industrielle européenne.
L’excellence mécanique au service du bijou
Au début du XXᵉ siècle, la maison ne se distingue pas seulement par la qualité de son or laminé, mais aussi par la précision de ses systèmes de fermeture. Chaque monture de boucles d'oreilles est pensée pour conjuguer sécurité, confort et longévité.
De 1900 à 1925, une époque où le perçage des oreilles n’est pas encore généralisé, Rodi & Wienenberger développent des montures dites à vis étrier. Ce système maintient le lobe entre une tige frontale et un arceau arrière ajustable par une vis, à la fois stable et confortable, il permet de porter des boucles parfois plus imposantes, caractéristiques de l’esthétique Art nouveau.
Avec l’évolution des modes et l’influence de l’Art déco, les formes deviennent plus épurées. De 1925 à 1945, la maison adopte progressivement le clou à vis, composé d’une tige et d’un écrou ajustable à l’arrière. Plus discret, ce mécanisme conserve néanmoins la précision et la robustesse propres à la manufacture.
Parmi toutes ces innovations, ce sont les montures dormeuses qui incarnent le mieux l’élégance intemporelle de Rodi & Wienenberger et celles qui vivent aujourd’hui dans la collection Belles Intemporelles de Créagemma.
La dormeuse se compose d’un crochet courbe articulé qui se referme délicatement à l’arrière du lobe, formant une boucle sécurisée. Contrairement aux crochets ouverts, elle assure un maintien fiable tout en conservant une grande légèreté visuelle. Produites principalement entre 1900 et les années 1930, ces dormeuses se distinguent par : une épaisseur d’or laminé généreuse, limitant l’usure, une charnière précise et durable, un équilibre étudié du poids, une fabrication conçue pour traverser les décennies. Elles accompagnaient des créations Art nouveau puis Art déco : motifs floraux délicats, lignes géométriques, cristaux facettés ou pierres colorées.
Aujourd’hui encore, nombre de ces mécanismes fonctionnent parfaitement, témoignant d’un savoir-faire industriel d’une grande exigence.
Une entreprise face à l’Histoire : expansion, épreuves et transformation
L'entreprise traverse les bouleversements du XXᵉ siècle, avec la Première Guerre mondiale, la production est ralentie mais ne se stoppe pas afin d'assurer le maintien du savoir-faire.
Dans l’entre-deux-guerres, durant les années 1920-1930, la maison est en pleine période d'apogée, elle exporte à l'internationale largement en Europe et au-delà. Le poinçon R⚓W est déposé officiellement en 1935 et devient un véritable label de confiance, garantissant solidité et durabilité, reconnu gage de qualité, marqué par l’esthétique Art déco et la reconnaissance du bijou en or laminé comme alternative noble et durable.
Durant la Seconde Guerre mondiale, cet élan est bouleversé par un premier bombardemment ayant endommagé l'usine en 1944, la réquisition de l'usine dûe à l'éffort de guerre et par les bombardements menés par la Royal Air Force (RAF) britannique, détruisant la quasi totalité de la ville de Pforzheim la nuit du 23 Février 1945. L’outil industriel est gravement touché, mais le cœur technique et humain de l’entreprise subsiste, dès le lendemain des bonbardements, Wilhelm Wienenberger secondé par son gendre Karl-Wilhelm Katz le responsable de l’exportation et de la direction commerciale, commencent à organiser le sauvetage des machines encore utilisables, la récupération des stocks et des outillages, la mise en sécurité des archives techniques et des matrices, parmi les décombres.
La production est transférée dans des locaux de fortune, ateliers secondaires endommagés, bâtiments industriels relativement épargnés, ainsi que dans des communes voisines du district de Pforzheim. Dès lors la reconstriction de l'usine principale se met en place dès la fin de la guerre, grâce à cette capacité incroyage de faire face à l'adversité de ces hommes et femmes, une activité de production minimale est maintenue, afin de préserver les relations commerciales et ce savoir-faire.
À partir de 1946, la production reprend progressivement, mais le paysage industriel change. Cette capacité de résistance témoigne de la solidité du modèle bâti par Wienenberger, fondé sur la maîtrise des procédés plus que sur le seul prestige du matériau.
À partir les années 1960, les procédés traditionnels d’or laminé épais déclinent face à des techniques plus rapides et moins coûteuses. Les systèmes mécaniques sophistiqués cèdent la place à des solutions standardisées. La production historique de bijoux en or laminé s’arrête progressivement, marquant la fin d’un chapitre industriel commencé en 1885.
L’histoire des montures des Belles Intemporelles : un héritage transmis
Les montures Rodi & Wienenberger qui subsistent aujourd’hui ne sont pas de simples supports anciens. Elles incarnent une époque où la précision mécanique et la qualité des matériaux étaient au cœur de la création. En redonnant vie à ces dormeuses historiques avec la collection Belles Intemporelles, Créagemma prolonge cette histoire. Chaque monture porte la mémoire d’un savoir-faire exigeant et d’une conception du bijou pensée pour durer. Ainsi, à travers ces pièces, l’élégance du passé dialogue avec la création contemporaine et l’histoire initiée à Pforzheim en 1885 continue de se transmettre.



